EAV Dialogue d’inauguration : genre & migration

22 septembre 2021 – Dialogue d’inauguration du Festival Allez savoir, Tout migre ? – Marseille, Centre de la Vieille Charité

Depuis un siècle et demi que les migrations de masse font traverser les frontières à des millions de personnes, on imagine encore le migrant comme un jeune homme à l’usine voire aux champs.  Or, les femmes comme les hommes changent de pays à la recherche d’une meilleure vie et les expériences, les attentes et les stratégies selon le genre peuvent être des plus variées.  Femmes et hommes peuvent migrer pour des raisons différentes et vivre des trajectoires radicalement distinctes. Ainsi les migrations impliquent-elles, au-delà de leur diversité, des formes de construction des identités féminines ou masculines.
Depuis quelques décennies, la « découverte » de la femme immigrée a transformé le regard des chercheurs sur l’histoire de l’immigration. Nous pouvons désormais nous interroger sur la façon dont les relations entre les sexes sont affectées par l’émigration et l’immigration, par les départs autant que par les arrivées, par les mobilités réelles, imaginées et frustrées.  Comment le politique (le droit de l’immigration) et l’économique (les marchés du travail) influencent-ils les rôles des hommes et des femmes en mobilité ?  Mais aussi, comment les rapports entre les sexes voire les rapports à la sexualité sont-ils impactés par le changement de pays et par d’éventuels retours ? Que dire encore de différentes formes de racisation dans la société d’accueil, selon qu’on est immigré ou immigrée ? Le genre à un effet sur la migration — et celles et ceux qui restent – tout comme la migration a un effet sur les identités genrées.

C’est cette relation – qui lie le politique à l’intime – que notre débat, entre Nancy L. Green (historienne, EHESS-CRH) et Fatou Diome (écrivaine), modéré par Mélanie Masson (journaliste), vise à élucider.

 

 

Dialectique du monstre. Enquête sur Opicino de Canistris

Sylvain Piron

Fonctionnaire de l’administration des papes d’Avignon, Opicino (ou Opicinus) de Canistris (1296-1355) a produit, pour son propre compte, des diagrammes déconcertants où se mêlent cartes et corps, symboles astraux et religieux. Exhumés peu à peu au cours du siècle passé, ses manuscrits suscitent encore de nombreuses interrogations. Sous la forme d’une enquête, Dialectique du monstre explore les différentes facettes d’une œuvre complexe et fascinante.
Prêtre séculier de Pavie, fuyant les conflits politiques qui déchiraient la Lombardie des premières décennies du XIVe siècle, Opicino s’est réfugié à la cour papale à Avignon où ses talents d’écrivain lui ont valu un poste de scribe à la Pénitencerie pontificale. Tourmenté par ses responsabilités sacerdotales, souffrant des paradoxes d’une Église romaine riche et puissante qui prône la pauvreté et l’humilité, il a trouvé dans l’écriture et le dessin un moyen d’apaiser ses angoisses. Ayant appris à dresser des cartes marines selon la technique des cartographes génois, la géographie du bassin méditerranéen devient entre ses mains le support d’une symbolisation de tous les conflits qui le déchirent.
L’hypothèse de troubles psychotiques chez Opicino a plusieurs été plusieurs fois formulée et souvent rejetée. Elle est ici affrontée sans fard et fait l’objet d’une postface d’un spécialiste des psychoses (Philippe Nuss). S’il est illusoire de formuler un diagnostic rétrospectif précis, sa souffrance psychique ne fait du moins aucun doute. C’est pour en comprendre les raisons que cet ouvrage tente de restituer le sens de la production graphique et textuelle du scribe des papes. Afin de donner à entendre sa voix, des traductions de différents passages de ses écrits sont intercalées entre chaque chapitre. Une vingtaine de reproductions en couleurs et trois dépliants hors-texte font entrer dans l’intimité de ces manuscrits étonnants.
« Dialectique du monstre » (Dialektik des Monstrums) : par cette expression, Aby Warburg désignait le drame psychique fondamental de la culture, dont les réalisations ne viennent au jour qu’en surmontant un chaos originaire, dont elles laissent cependant affleurer la trace. Les dessins d’Opicino de Canistris exposent au grand jour, de la façon la plus explicite, la bataille qu’il livre contre ses monstres.

 

Politika

Pourquoi rééditer Mein Kampf ?
Entretien avec Florent Brayard
Notice publiée  le 2 juin modifié le 8 juin 2021
https://www.politika.io/fr/article/pourquoi-reediter-mein-kampf-entretien-florent-brayard

La citoyenneté au temps de l’« intégration civique » : regards croisés France/Canada

Myriam Hachimi-Alaoui, Delphine Nakache, Janie Pélabay, Elke Winter et Yann Scioldo-Zürcher (dir.)

Revue Européenne des Migrations Internationales, vol. 36, 4, 2020

Au cours des années 2000, les politiques d’immigration et d’intégration adoptées par divers pays d’Europe et d’Amérique du Nord donnent lieu à la formulation d’un nouveau paradigme d’action publique, qualifié d’« intégration civique ». Ces politiques, telles que les tests et cérémonies de citoyenneté, les formations civiques ou la signature de contrats d’intégration, sont largement présentées comme marquant un « tournant » qualifié de « civique » (« civic turn »). Les reconfigurations à l’œuvre consisteraient, d’une part, à imposer des contraintes plus fortes aux personnes étrangères en matière de titres de séjour ou d’acquisition de la nationalité et, d’autre part, à promouvoir une conception plus « épaisse » (« thick ») de la citoyenneté, où prime la dimension identitaire de l’appartenance à la communauté nationale. Ce numéro spécial a pour objet d’examiner deux cas encore peu étudiés à la lumière du paradigme de l’« intégration civique » :  la France et le Canada. À l’aide d’analyses qui allient recherches empiriques et approches théoriques, et qui entrecroisent sociologie, anthropologie, droit, philosophie et science politique, il s’agit de comprendre si les reconfigurations mises au compte d’un « tournant civique » sont en cours dans ces deux contextes spécifiques, et quelles sont leurs éventuelles incidences, pour les migrant.e.s, en termes d’inclusion/exclusion et, pour la société d’installation, en termes de conception du « nous ».

Promotion

Suite aux élections de l’assemblée des enseignants de l’EHESS du , Silvia Sebastiani a été élue directrice d’études. Nous la félicitons.

http://crh.ehess.fr/index.php?1184

Quotidien

Historiciser le mal. Une édition critique de Mein Kampf 

avec Florent Brayard et Sophie de Closets

Mercredi 2 juin 2021

Émission Quotidien de Yann Bartès, TMC