En-tête

Juin 2017

Manifestations scientifiques

Propriété et environnement dans les pays en développement

7 et 8 juin - Colloque - Muséum national d'histoire naturelle, Paris

Ce colloque est organisé par l'ANR GOVENPRO, porté par Frédéric Thomas, Sarah Benabou, Tarik Dahou (PALOC, IRD-MNHN), Fabien Locher (CRH, CNRS-EHESS) et Valérie Boisvert (Université de Lausanne).


La question de savoir quelles sont les formes de propriété qui participent le plus efficacement à la conservation et/ou à l’exploitation économique des environnements – de la propriété privée à la propriété d’État, en passant par les différentes formes de propriété collectives, communes ou patrimoniales – a suscité des débats théoriques intenses et disputés dans le champ académique (Coase 1960; Hardin 1968; Ostrom 1990). Nous proposons d’embrasser toutes ces théories par le terme « théories environnement/propriété » et d’étudier leur déploiement dans les pays en développement dans la construction de ce qu’on peut appeler des « régimes de ressources » (Vatn 2007, 2015). Nous gageons en effet que loin de s’être imposées de manière monolithique aux cours de phases successives, ces théories ont été mises en œuvre de manière très pragmatique par toute une série d’acteurs nationaux et internationaux pour tenter de les adapter aux usages locaux des ressources naturelles, mais en ignorant souvent les conceptions locales de l’appropriation et de la mise en commun.

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Le secret et l'espace politique

7 au 9 juin - Colloque - Università degli Studi di Siena et Certosa di Pontignano, Sienne

Organisé par Etienne Hubert (GAM), Jacques Chiffoleau (CIHAM), Roberta Mucciarelli (Université de Sienne) et Gabriella Piccinni (Université de Sienne), ce colloque s’organise autour de la thématique des transformations des rapports de pouvoir et des catégories utiles à la construction de l’espace et du sujet politique à la fin du Moyen Âge, à partir de la leçon de Jacques Chiffoleau (La Chiesa, il segreto e l’obbedienza, Il Mulino 2010), qui montre que l’usage du secret est un un levier fondamental dans la construction du ‘public’, dans ses règles et sa légitimation. S'éloignant d’une histoire institutionnelle, les enjeux méthodologiques de ce colloque cherchent à élargir les frontières de l’enquête en déplaçant le regard, des institutions, des lieux et des procédures formelles de la politique, afin de le porter sur le développement des stratégies, des comportements, des réseaux de relations qui structurent la vie quotidienne, sur les domaines sociaux et sur les pratiques légitimées. Des spécialistes de différents domaines (politique, économie, histoire des institutions, des normes, de la justice, de la religion et de l’Église, de la société et de la famille) sont invités à parcourir dans la variété et dans la spécificité de leurs approches et leurs méthodes toute une constellation de thèmes et des problèmes que le secretum soulève et auxquels il renvoie: “arcanus, occultus, tacitus, obscurus, clam, clandestinus, absconditus”...

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Vers un monde avec drogues?

8 juin - Demi-journée d'étude - EHESS, Paris

Après l’échec patent de la « guerre à la drogue », qui prétendait assécher l’offre et la demande, pour parvenir à « un monde sans drogues », on peut se demander si ce n'est pas le contraire qui est en train de se produire, et s’il ne faudrait pas plutôt envisager de « vivre avec les drogues ». Pour cette dernière séance de l’année consacrée aux différentes expériences de légalisation en cours dans le monde, animée par Julia Monge (anthropologue, doctorante à l’EHESS), seront accueillis Raquel Peyraube (médecin, conseillère du gouvernement d’Uruguay), Anne Philibert (sociologue à l’Université de Genève) et la sénatrice d’EELV Esther Benbassa.

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Ce qui a changé depuis le XXe siècle
À quoi sert encore l’histoire juive ?

9 juin - Table ronde - Musée d'art et d'histoire du judaïsme, Paris

Dans le cadre du cycle De l'histoire juive à l'histoire des juifs, cette table ronde, avec la participation de Sylvie Anne Goldberg (EHESS), David Ohana, (Université Ben Gourion du Néguev), Ada Rapoport-Albert (University of London) et  Judith Schlanger (EPHE) examinera les récentes manières d'appréhender l’histoire des juifs, en tenant compte des apports les plus récents de l’historiographie, tout en s’interrogeant sur son éventuel détachement de ses précédents enjeux politiques.

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Travail, coercition et droits. Esclavage local dans une perspective globale / Bonded Labour in Global perspective

14 au 16 juin - Ecole d'été - EHESS, Paris

De nos jours, la persistance du travail forcé dans de nombreuses régions du monde, notamment en Afrique et dans les mondes de l’Océan indien, mais aussi en Asie et, dans une certaine mesure, dans l’ensemble des pays du Nord, reflète les façons complexes dont le colonialisme et le capitalisme mondial ont interagi avec les changements en cours dans ces régions, produisant une mosaïque de régimes de travail différents. Aujourd'hui, la demande de main-d’œuvre coercible contribue à la traite de personnes vulnérables. L'Organisation Internationale du Travail estime qu'il y avait encore 21 millions d'hommes, de femmes et d'enfants travaillant dans des conditions de travail forcé dont 73% se trouvent en Afrique et dans les mondes de l’Océan indien. Aujourd’hui, sur environ 700 000 à 2 400 000 personnes victimes de la traite chaque année à travers les frontières internationales, 88% sont des femmes et des enfants. Plus de deux siècles après la déclaration universelle des droits de l'homme, les révolutions française et américaine, puis les abolitions officielles et progressives de l’esclavage dans le monde au XXe siècle, et en dépit de la charte universelle des droits de l'homme de l'ONU, la servitude et la traite sont encore largement répandues dans le monde. Pourquoi en est-il ainsi ?  C'est à cette question que l'école d'été, organisée dans le cadre de l'IRIS Etudes globales en collaboration avec l'OIT, coordonnée par Choukri Hmed (Université Paris-Dauphine-PSL Paris), Koen Compier (OIT Delhi) et Alessandro Stanziani (EHESS-CNRS-PSL Paris), tentera de répondre.

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L'un et le tout

22 et 23 juin - Forum du CRH - EHESS, Paris

Dans la lignée des grands rendez-vous scientifiques qu'il a initiés par le passé (sur les thèmes du Transnational, du Contexte), le CRH organise un grand forum de débat qui se tiendra les 22 et 23 juin. Animée par les membres, groupes et équipes du laboratoire, cette rencontre souhaite offrir une plateforme de réflexion sur les multiples manières de travailler la matière historique au sein du CRH, à la fois en distinction et en écho des enjeux historiographiques du temps présent. C'est pourquoi le thème retenu cette année, sous l'intitulé « L'un et le tout », veut questionner les relations déployées entre unicité et totalité, donnée et série, individualité et collectivité, au sein des multiples méthodes, terrains et conclusions que nos travaux mettent en œuvre. C'est là l'occasion, en confrontant les approches, d'exposer toutes les richesses interprétatives nourries par le laboratoire.

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Enquêter sur les réputations

26 juin - Journée d'étude doctorale - EHESS, Paris

Les réputations structurent l’expérience individuelle et collective du monde social, en particulier au sein d’univers fortement soumis aux enjeux de confiance des pairs, de distinction et de singularisation, de notoriété et de célébrité, ou encore de neutralisation des rumeurs. Cet objet, souvent présent au cœur de nos travaux sans être nécessairement thématisé, constitue une base stimulante de discussion interdisciplinaire. Cette journée d'étude doctorale organisée par Adeline Denis, Sarah Kolopp  et Guillaume Lancereau, réunissant 19 sociologues, historiens et politistes, permettra d’aborder les questions suivantes : Quels outils et méthodes mobiliser pour enquêter sur les phénomènes de réputation ? Comment cet objet peut-il éclairer le fonctionnement d’espaces sociaux marqués par de forts enjeux symboliques ? Quels sont les usages possibles de la réputation comme ressource ou comme stigmate, selon quelles contraintes, à quel prix et pour quel gain ?

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Appels à communications

Le logement comme lieu de persécutions anti-juives dans les villes européennes, 1933-1945
Croiser l’histoire urbaine sociale et l’histoire de la Shoah

Date limite de dépôt : 3 juillet - American University of Paris, Paris

Ce colloque, organisé par Isabelle Backouche (EHESS-CRH), Eric Le Bourhis (FMS-ISP), Shannon Fogg (Missouri), Sarah Gensburger (CNRS-ISP), Constance Pâris de Bollardière (AUP) et Brian Schiff (AUP), qui aura lieu les 11 et 12 janvier 2018, souhaite articuler plusieurs perspectives et méthodes concernant le logement urbain et les persécutions anti-juives. Nous espérons rassembler des chercheurs en sciences sociales issus de plusieurs disciplines afin de confronter diverses approches et études de cas, qu’il s’agisse de villes du Reich comme de villes occupées d’Europe occidentale ou orientale. Inspiré par les recherches récentes sur le cas parisien, ce colloque portera en partie sur les saisies et réaffectations d’appartement des Juifs de la capitale française mais ne se restreindra pas à ces questions. Les chercheurs sont invités à nous faire part de propositions  pour des contributions portant sur les sujets suivants : la relation entre les persécutions et les politiques de logement / l’aménagement urbain ; les bénéficiaires des spoliations des appartements occupés par des juifs ; les interactions entre juifs et non-juifs autour de la saisie des logements, de leur réaffectation ou de leur restitution après la libération ; la question du logement dans les expériences individuelles (l’usage de témoignages tels que ceux de la Visual History Archive sont les bienvenus).

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Pourquoi faire une thèse d'histoire aujourd'hui ?

Date limite de dépôt : 16 juillet - Appel à communications - EHESS, Paris

« Que fabrique l’historien, lorsqu’il « fait de l’histoire » ? À quoi travaille-t-il ? Que produit-il ? Interrompant sa déambulation érudite dans les salles d’archives, il se détache un moment de l’étude monumentale qui le classera parmi ses pairs et, sorti dans la rue, il se demande : Qu’est-ce que ce métier ? » (Michel de Certeau, « L’opération historiographique », L’écriture de l’histoire, Paris, Gallimard, 1975, p. 77) Que fabrique le doctorant, lorsqu’il « fait sa thèse d’histoire » ? La première journée d’étude des doctorants du CRH, organisée par Aliénor Cadiot, Sarah Claire, Gabriela Goldin et Romain Trichereau, souhaite ainsi engager une réflexion commune et un débat collectif autour de la question : « pourquoi faire une thèse d’histoire aujourd’hui ? », à la croisée de trois fronts – institution, doctorat, société. Les présentations courtes sur la manière dont chacun d’entre nous appréhende ses recherches, feront émerger différentes visions de l’histoire dont il s’agira de débattre. Plusieurs conceptions de la recherche historique peuvent coexister, converger, voire s’affronter. Cette journée, dont nous souhaitons souligner le caractère proprement expérimental, fera apparaître des points de rassemblement et de divergence à partir de la multiplicité de nos expériences. Ce sera l’occasion d’envisager l’émergence d’une voix commune qui aurait vocation à se constituer en programme théorique potentiel. C’est un premier pas dans l’affirmation de notre génération de doctorants du CRH. A nous aussi de tenter l’expérience !

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Transiciones en la agricultura y la sociedad rural
Los desafíos globales de la historia rural, II Congreso Internacional

Date limite de dépôt : 30 septembre 2017 - Appel à communications - Universidade de Santiago de Compostela, Saint-Jacques de Compostelle

Le 16e Congrès de la Société espagnole d'histoire agraire (SEHA) et le 2e Congrès International sur Les transitions dans l’agriculture et dans la société rurale. Les défis globaux de l’histoire rurale,  qui se réuniront à Saint-Jacques de Compostelle en juin 2018, ont réservé une session spéciale (Session 113),organisée par Jorge Gelman (Université de Buenos Aires, CONICET), Angelo Alves Carrara (Université Fédérale de Juiz de Fora), Alejandro Tortolero Villaseñor (Université autonome métropolitaine de Iztapalapa) et Pablo Luna (CRH), afin de rendre hommage à Juan Carlos Garavaglia, décédé cette année. Cette session portera sur l'histoire rurale et des campagnes de l'Amérique latine. Les communications proposées pourront aborder toutes les problématiques de l’histoire des campagnes, par pays ou par régions du continent latino-américain. Les approches comparatistes de moyen et de long terme seront particulièrement appréciées.

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Parutions

Lettres de Marinette 1914-1915

Béatrice Delaurenti

Comment attendre quelqu’un sans lui parler, sans connaître ses occupations, sans même savoir si on le reverra ? Que trouve-t-on encore à dire lorsque l’on écrit deux fois par jour à la même personne ? La correspondance de Marinette livre un point de vue de femme en période de guerre. Elle a un versant social : la laitière au travail, les départs et les retours des soldats, l'exaltation qui magnifie les combats, la logistique des colis. Et un versant intime : l’attente du facteur, les souhaits d'une vie de couple, la présence utile de la famille. Elle forme une collection exceptionnelle de 253 cartes postales de guerre, aux illustrations tantôt politiques, tantôt romantiques. C’est un parcours dans cette correspondance, ici intégralement publiée, que propose Béatrice Delaurenti.

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L’itinéraire de la Buenamuerte à Lima
Essor et déclin d’un ordre religieux producteur de sucre, XVIIIe-XIXe siècle

Pablo Luna

Il s’agit d’une recherche originale portant sur l’implantation liménienne et péruvienne de l’ordre religieux sicilien des pères agonisants (les pères du Bien-mourir, ou de la Buenamuerte), entre le XVIIIe et le XIXe siècle, de son essor à son déclin. A partir de sources primaires, ce travail a examiné l’accumulation patrimoniale et l’exploitation économique des temporalités (notamment ses haciendas sucrières), de même que les conséquences dérivées d’un tel succès. Mais il a également été question de la crise traversée par cette institution, phénomène plus général dans les mondes ibériques, et des conséquences de la desamortización ecclésiastique menée par l’état républicain péruvien, au lendemain de l’indépendance d’avec l’Espagne. Les résultats ont permis d’accroître et d’affiner la connaissance de l’histoire socio-économique péruvienne, en particulier à partir des haciendas liméniennes, durant la phase bourbonienne. Mais ils ont également permis d’éclairer les relations entre les deux puissances de l’Ancien Régime, l’état et l’église catholique, et leur prolongation dans le Pérou contemporain.

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La gauche va-t-elle disparaître ?

André Burguière

L’identité de la gauche, son avenir ou sa fin annoncée font&nb{p;lℙObjet de pronostics politiques et médiatiques. Ce livre clair et documenté offre une indispensable réflexion sur le sujet. C’est d’abord en historien qu’André Burguière analyse les fondements de la gauche, mais aussi en intellectuel engagé dans la cité. Son objectif n’est pas d’en départager les différentes tendances, mais de dégager leur socle commun. Il montre que le partage idéologique, hérité directement de la Révolution française et indirectement d’une longue histoire de la démocratie, continue à structurer nos représentations politiques. Mais il constate combien la « passion noble » de l’égalité a cédé du terrain. Sur le long cours, l’évolution du système représentatif, le pouvoir des élus et leur professionnalisation ont disqualifié la parole des citoyens. Étatisme, constitution monarchique, faiblesse du syndicalisme, les maux, nombreux, se sont accumulés. Sans compter, récemment, la façon dont le gouvernement socialiste a cédé aux pressions du libéralisme économique et des politiques sécuritaires. Inquiet, mais non résigné, André Burguière jalonne ses analyses de propositions. Rendre la société plus juste, plus protectrice et plus démocratique, tel est, rappelle-t-il, le véritable projet de la gauche.

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Il me faut te dire

Arlette Farge

Arlette Farge a le goût des autres, gens du passé, gens du présent. Aussi attentive à la marche du monde qu’attirée par les petites choses de la vie, cette irréductible fonceuse n’a pas hésité un instant à s’exposer : dire ce que la vie signifie pour elle. L’exploratrice des archives, toujours soucieuse du réel, fait ici acte d’imaginaire tout en nous offrant un de ses grands plaisirs : écrire des lettres, des vraies, avec un crayon et du papier. Prendre le temps de songer à une personne, lui faire part d’un rien joyeux, d’une émotion, d’une pensée, et d’une main vive, pétillante, chaleureuse, dessiner des phrases qui donnent sens et plaisir. Enfin, choisir un joli timbre et se rendre à la poste. C’est sa façon de faire lien, de prendre soin. Il me faut te dire est un recueil de lettres adressées à des personnes fictives – ou presque – un ami, un collègue, un petit-fils, un pauvre gars sorti tout droit de son XVIIIe siècle…

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Athènes à soi-meme étrangère
Naissance d'une capitale néoclassique

Yannis Tsiomis

La création d’un État moderne pose, entre autres questions majeures, celles de la fondation de sa capitale, de l’architecture de la ville, de ses formes et de ses usages, mais aussi celles du territoire national, de la transformation de l’espace public, de sa gestion. Une telle fondation implique aussi la mise en place de dispositifs tout à fait inédits : nouveaux règlements et nouvelles lois, nouveaux métiers et nouveaux acteurs, soit autant de ruptures par rapport à la situation antérieure. À cet égard, la fondation d’Athènes, comme ville-capitale de l’État néohellénique en 1833, constitue un cas exemplaire. La Grèce, sous la tutelle des Bavarois, dut alors se construire en État « moderne », et, pour cela, rompre avec le monde ottoman « oriental ». Cette mission incombera à des ingénieurs et des architectes français et allemands qui furent chargés d’œuvrer en Grèce et d’inventer Athènes et son plan, confrontant ainsi les acquis de leur formation effectuée à Paris, Munich et Berlin aux archétypes architecturaux de la Grèce antique : à travers les parcours de ces nouveaux professionnels, c’est, déjà, la mobilité européenne qui apparaît. Ce livre abondamment illustré, né du dépouillement d’archives, de documents inédits ou revisités (tel le premier plan de la capitale), explore le rapport entre cette « affaire artistique européenne » que fut, selon l’architecte allemand Leo von Klenze, la naissance d’Athènes, et l’enjeu politique et idéologique que constitua la Grèce du début du XIXe siècle pour l’Europe. On y perçoit combien l’usage de l’Antiquité à Athènes revêtit le visage de Janus : argument historiciste assurant une continuité à la fois fallacieuse et nécessaire, mais aussi vraie légitimation de la modernité.

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L'historien et les fantômes
Lectures (autour) de l'œuvre d'Alain Boureau

Béatrice Delaurenti, Blaise Dufal, Piroska Nagy (dir)

L’œuvre d’Alain Boureau, multiple et dense, se déploie sur les quarante dernières années en abordant de nombreux domaines de l’histoire du Moyen Âge et du christianisme latin. Elle suit les pérégrinations personnelles et professionnelles d’un chercheur à travers un monde peuplé de silhouettes incertaines : figures de l’hagiographie, faux-semblants de l’État moderne, anges, démons, cadavres et somnambules, vagues individus scolastiques qui parlent eux-mêmes de créatures étranges. Autant de fantômes d’un passé persistant qu’il a suivis avec ténacité tout au long de sa carrière, et qui nous embarquent à leur tour à travers l’histoire. Ce volume entend garder la trace vivante des deux journées qui furent organisées à Paris en mai 2015 autour de l’œuvre d’Alain Boureau. Ce Liber amicorum d’un genre un peu particulier, production scolastique en quelque sorte, donne à voir les membres d’un studium, ce qu’était le séminaire d’Alain Boureau : les amis, les collègues, les proches, celles et ceux qui l’ont accompagné au cours de ses années passées à l’EHESS. Les textes rassemblés rendent compte de trajectoires et de réalisations, ils en montrent les apports scientifiques et les enjeux intellectuels. Ils racontent, aussi. Ainsi se manifeste la richesse d’une œuvre singulière, construite aux croisements de différentes pratiques des sciences sociales dans une démarche souvent collective, toujours originale et novatrice.

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GRIHL
Dialogue entre Français et Japonais autour de l'usage de la littérature

Yasushi Noro (dir.)

Ce livre de plus de 400 pages, qui vient de paraître en japonais, fait le point sur plusieurs années de travail de collaboration entre le GRIHL et des collègues japonais qui ont souhaité accueillir et discuter les problématiques et réflexions théoriques développées au sein du groupe de recherche du CRH. L’ouvrage propose une réflexion croisée autour de quatre séries d’objets : les usages historiens de la littérature, littérature et témoignage, l’histoire du livre et l’histoire par le livre, les pouvoirs littéraires des « représentations de la vie ». Contextualisation, référentialité, symbolisation, expérience, énonciation sont autant de notions discutées et éprouvées sur des études de cas, de chapitre en chapitre. A chaque fois, le dialogue est engagé entre des membres du Grihl et les chercheurs japonais appartenant à différentes universités : Université d’Okayama (Yasushi Noro), Université de Kobe (Hiroyuki Nakahata), Université du Kensaï (Hiroaki Shimanaka), Université de Kyoto (Atsuo Morimoto), deux universités de Tokyo : Shirayuri (Keiko Tsujikawa) et Rikkyo (Shojiro Kuwase).

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Agir au futur
Attitudes d'attente et actions expectatives

Albert Schirrmeister (dir.), Les Dossiers du Grihl, 2017-01

De quelle manière le futur fait-il partie de la réalité historique ? L'attente représente une possibilité majeure de présence du futur ; elle peut être comprise comme une réflexion sur l’avenir qui est toujours liée au passé sous la forme de l’expérience. Dans ce dossier, nous avons choisi d'analyser des actions expectatives : des actes d'attente. Les deux colloques à l’origine de ce dossier ont été organisés autour de deux sujets – la temporalité et la guerre comme événement complexe – liés par le choix d’un type d’action : l’écriture. Les contributions sont des études de cas qui ne sont pas regardées comme représentatives du régime d’historicité de la France des XVIe et XVIIe siècles. Elles aident à mieux appréhender les conditions qui permettent d’agir, entre expérience et attente, et à saisir la multi-temporalité de toute action écrite.  

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Thèses

Hygiène publique et construction de l'Etat grec, 1833-1845
La police sanitaire et l'ordre public de la santé

Athanasios Barlagiannis

Thèse dirigée par Patrice Bourdelais, soutenue le 5 mai, devant un jury composé d'Anastassios Anastassiadis (Ecole Française d’Athènes),  Anne Hardy (London School), Konstantinos Kostis (Université d’Athènes), Christelle Rabier (EHESS) et Anne Rasmussen (Université de Strasbourg).

 

Fabrique des archives, fabrique de l'histoire
La construction des sources de l'histoire des Juifs en France
(fin XVIIIe-années 1930)

Mathias Dreyfuss

Thèse dirigée par Sylvie Anne Goldberg, soutenue le 23 mai, devant un jury composé de Lisa Leff (Américan University), Judith Olszowy-Schlanger (EPHE), Odile Parsis-Barubé (Université Lille 3), Yann Potin (Archives nationales) et Perrine Simon-Nahum (CNRS).

 

Vie du laboratoire

Pierre Laborie

Pierre Laborie, né le 4 janvier 1936 dans le Lot, est mort le 16 mai 2017 à Cahors. Après avoir été professeur de lycée, professeur à l’Ecole normale de Cahors, il poursuit sa carrière pendant 20 ans (1978-1998) à l’université Toulouse-le-Mirail, avant d’intégrer l’EHESS en tant que directeur d’études au CRH de 1998 à 2003. Spécialiste de « l’histoire de l’imaginaire social » pendant la seconde guerre mondiale, on lui doit notamment plusieurs ouvrages : Résistants vichyssois et autres. L’évolution de l’opinion dans le Lot de 1939 à 1944 (1980), L’opinion française sous Vichy. Les Français et la crise d’identité nationale, 1936-1944 (1990), Les Français des années troubles : De la guerre d’Espagne à la Libération (2001), Les Français sous Vichy et l’Occupation (2003), Les mots de 39-45 (2006).

 

Hommage d'Arlette Farge à Pierre Laborie

Evoquer Pierre Laborie qui vient de nous quitter et avec lequel j’ai eu la chance de diriger un séminaire commun à l’EHESS « Construction et réception de l’événement (XVIIIe-XXe siècles) » pendant sept ans (1996-2003), c’est tout d’abord exprimer une vive émotion et une grande tristesse.
Il n’y avait rien de commun entre le siècle des Lumières et le régime de Vichy, pourtant nous nous sommes réunis (sur une idée de Nicole Loraux) avec l’intense conviction, qu’apprendre, c’est apprendre autrement. Avec Pierre Laborie, nous partagions semaine après semaine des regards croisés sur des interrogations communes, et des questionnements sur la manière d’étudier le passé. Pierre Laborie, homme si sensible, cherchait alors à bousculer les idées reçues, ce confort intellectuel des vulgates multiples qui l’entouraient alors, notamment à propos du « politiquement mémoriel » faisant croire que la France sous l’Occupation aurait été toute entière plus ou moins d’accord avec la collaboration. Ainsi avons-nous travaillé sur la mémoire, le tranchant de l’événement, le sens du silence, les pensées multiples et tant d’autres choses.
Mais on ne peut parler de ce séminaire sans évoquer l’ambiance qui y régna : les étudiants y étaient fort nombreux et passionnés. Devenus « grands » aujourd’hui, ils m’en parlent encore, se disant marqués par cette aventure intellectuelle, étonnante, innovante, bousculant tous les stéréotypes et les idées reçues. Je veux aussi parler de Pierre Laborie : son intense sensibilité, son exigence profonde, son sens de la nuance, son désir de vérité ne l’empêchaient pas de pourfendre les évidences, et de trouver, dans les interstices des événements les plus ordinaires, des sens nouveaux et éclairants. Il faisait cela avec humour, tendresse, et aussi une grande conviction. Transmettre aux plus jeunes était sa plus grande joie, et le séminaire ressemblait parfois à un tourbillon de questionnements aidants à penser le réel, à se loger dans l’infinie complexité des comportements. Dans cet heureux travail  de déconstruction, le séminaire tout entier était partageur et très aimé. Un de ses étudiants qu’il avait formé (alors qu’il n’avait pas le bac) aimait à dire : « Il nous conduit vers notre propre intelligence. Il travaille avec notre imaginaire et y confronte son savoir. Avec humour souvent car il était taquin ».
De lui, avec lui, j’ai énormément appris, autant sur le plan humain qu’intellectuel et ce travail en commun m’emmena sur des chemins nouveaux. Je les lui dois. Je n’oublie pas qu’il fut l’objet de contestations et d’oppositions. J’ai su les blessures qu’il ressentit de n’être pas toujours compris. Cela n’abîmait jamais son enthousiasme pour transmettre et écrire. Notre grande amitié prit place dans ce contexte unique.
De Pierre Laborie, je ne veux rien oublier, tant il fut un exemple et un être d’affection.